La psychogénéalogie explore les empreintes laissées par nos aïeux sur notre psychisme. Elle étudie l'influence du milieu et de l'histoire familiale sur le comportement d'un individu, à travers les phénomènes, attestés par nombre de psychanalystes, de la «répétition» ou de la «reproduction». Cette méthode d'investigation historique consiste à rechercher dans le vécu de nos ascendants les sources de nos troubles psychologiques, de nos maladies etc...
La psychogénéalogie est un outil thérapeutique qui permet à travers l’analyse de notre histoire familiale de mieux nous ancrer dans notre identité, de sortir des processus de répétitions des schémas familiaux et de redonner du sens à sa vie.
C’est une approche qui n’aborde pas l’individu isolément mais à travers les liens qu’il a tissé avec sa famille – liens visibles ou invisibles, conscients ou inconscients –
Qui consulte : Une personne consulte parce qu’elle a le sentiment d’être dans une impasse. Cette impasse s’exprime à travers un mal-être, une difficulté relationnelle, une impossibilité à communiquer ses émotions, des angoisses fortes, une maladie psychosomatique, une impossibilité à trouver sa place dans sa famille ou dans la société, une sentiment de culpabilité sans pouvoir le rattacher à quelque chose de précis ou tout simplement la lassitude de répéter toujours la même histoire.
Pourquoi ça se transmet : Un bébé ne naît pas vierge de toute empreinte. Nous savons tous qu’il est porteur d’un bagage génétique hérité de ses ancêtres. Ce qui est par contre souvent occulté, c’est que bien avant sa naissance, il est porteur de projections parentales, de projets parentaux, de missions de réparations. Réparations narcissiques de ses parents, grands parents ou arrières grands parents.
Il arrive au monde déjà chargé de lourdes malles dont il n’aura de cesse d’essayer de se défaire soit en se faisant aider par son conjoint ou par ses propres enfants, soit en mettant en acte une réparation (rejouer le traumatisme), soit en s’en déchargeant par la parole en le mettant à jour et en le faisant passer de l’inconscient au conscient.
Comment les traumatismes se transmettent de générations en générations ?
C’est une question qui n’est pas résolue et sans doute pas près de l’être. Car vraisemblablement ce qui empêche la compréhension de ce phénomène c’est qu’il nous oblige à modifier en profondeur nos concepts, notre vision de la réalité. Si cependant nous essayons de répondre à cette question en restant au plus près de notre perception de la vie, en faisant donc l’économie des changements radicaux de concepts, il y a à mon sens plusieurs pièges à éviter et quelques évidences qui s’imposent.
Je suis pour ma part rétif quant à la solution séduisante d’une mémoire cellulaire qui serait une panacée. Ce serait remplacer un mystère par un autre : comment une cellule toujours nouvelle garderait la trace d’un évènement, de plus en mémorisant une date si précisément qu’elle pourrait réactiver un évènement traumatique à date anniversaire ?
Je suis aussi méfiant quant à la fameuse « transmission d’inconscient à inconscient » qui, au lieu d’éclairer pose par sa fausse évidence un voile pudique sur une complexité, et peut dans certains cas venir faire barrage à la faculté de penser la transmission, ou ouvrir la voie à la pensée magique.
Je crois aussi, contrairement à certains écrits transgénérationnels, que nos ancêtres ne viennent pas nous hanter, parce qu’ils seraient mal morts, mais plus simplement parce que ceux qui les aimaient n’ont pu en faire le deuil. La question cruciale devient « pourquoi je reprends ce trauma ou ses conséquences à mon compte ? Pourquoi je m’en empare ? »
Je ne crois pas non plus que les traumas ou les fantômes (lacunes de paroles) sautent des générations pour se manifester mais plutôt que la symptomatologie n’est pas lisible à chaque génération. Il y a donc pour moi un trajet que l’on peut suivre qui est particulièrement dépendant de la configuration œdipienne.
De même, je ne crois pas que nous répétons les traumas vécus par nos ancêtres, mais que nous tentons en permanence d’introjecter des contenus sensori-affectivo-moteur (pour reprendre une notion chère à Serge Tisseron) qui n’ont pu être élaborés par nos ascendants. Nous ne subissons pas la situation, nous essayons de toutes nos forces de conserver une communication avec les autres, de nous faire aimer, en créant, en innovant, en essayant de combiner des éléments très complexes souvent paradoxaux. Mais à chaque fois, nos créations même les plus aberrantes, sont des actes de vie.
Et puis une chose importante qui est souvent ignorée ou oubliée : ce qui est transmis n’est pas seulement le souvenir de l’événement traumatique ou le vécu qui l’a accompagné, mais surtout les réponses au traumatisme, la réorganisation après l’événement et les défenses transpersonnelles mises en œuvre par la famille et par ses membres pour se protéger. Le déplacement dans le temps (autre génération) et dans l’espace (à l’extérieur de soi, vers le partenaire ou son enfant) de ce qui n’est pas pensable, est une forme de défense transpersonnelle qui peut être adoptée par un individu ou un groupe familial. Donc, ce qui est transmis c’est non seulement le vécu autour du contenu du traumatisme, mais aussi les défenses organisées individuellement et de façon groupale contre ce traumatisme.
Dans le travail sur l’histoire familiale, contrairement à une idée reçue, nous nous occupons anecdoctiquement du passé. Nous sommes centrés sur le présent du sujet, sur sa problématique du moment, sur son ressenti de l’instant à l’énoncé ou au touché d’une partie de l’histoire familiale. Ceci me semble capital car autrement nous risquerions d’être à la recherche de « La vérité » ce qui impliquerait que quelqu’un serait en mesure de la détenir… Il s’agit bien d’une vérité subjective, dans un domaine où la résolution ne peut être que symbolique.
L’événement traumatique n’est pas arrivé une fois pour toute dans le passé, mais se perpétue dans le présent, tous les jours, non pas comme un événement isolé, mais comme une modalité dysfonctionnelle qui coexiste à côté d’une modalité de fonctionnement « normale ».
Enfin le liant de la transmission traumatique est l’amour, aussi inattendu que cela puisse paraître. C’est pour moi le moteur essentiel de toute transmission entre générations. C’est l’amour qui sera à la base de l’obligation de loyauté verticale. L’amour comme terreau mais aussi comme mauvaise herbe, quand, liée au trauma non introjecté, il décale le sujet ou les descendants, et les propulse hors de leur place et, en cascade, oblige à une mobilité forcée créant un déséquilibre dans l’arbre. Mais c’est bien l’amour le liant ! Seulement voilà, aimer sans être ancré, sans occuper sa place, c’est comme essayer d’aimer en étant hors de soi. L’amour n’atteint jamais sa cible. Aimer à partir d’une autre place que celle qui nous est assignée par l’ordre généalogique, engendre les nœuds, noue les traumas.
«L'ordre généalogique inscrit l'individu dans l'humanité, c'est-à-dire un ensemble qui fonde les relations des hommes entre eux. II fixe à chaque homme et à chaque femme des limites et une identité : là où il est né, par qui il a été engendré, dans quelle lignée il est inscrit...autant d'éléments qui le situent comme « simple mortel» qui prend place dans une société qui lui préexiste et qui perdurera après sa disparition. Et c’est la manière la plus naturelle d’intégrer la mort. »Vincent de Gaulejac.
L’individu ne peut totalement choisir ce qu'il est. Son existence est prédéfinie par une place, des liens, une époque, un contexte et une filiation. La psychogénéalogie nous apprend que : C'est la place qu'il occupe dans cet « ordre » qu'il doit d'abord reconnaître et accepter, pour pouvoir ensuite et seulement ensuite, être en mesure de se définir lui-même.
Les bénéfices : L’apport principal de l’ordre généalogique est de permettre de trouver sa place et être respecté par rapport à cette place.
Si nous n’avons pas eu de place dans notre famille, nous ne pouvons nous sentir à notre place dans la société, nous ne nous trouverons jamais légitime quelque soit la place occupée.
Être respecté par rapport à sa place signifie d’une part être accepté pour soi même, même si nous ne correspondons pas à l’attente parentale.
Être respecté dans son sexe même si ce n’est pas le sexe que les parents souhaitaient.
Pouvoir grandir comme un enfant sans être parentalisé c'est-à-dire, occuper dès l’enfance une place d’adulte pour remplacer le parent défaillant ou absent. Ne pas avoir à servir de radiateur affectif à un parent qui n’a pas construit son bonheur affectif avec une personne de son âge, de sa génération et cela quelques en soient les raisons.
S’inscrire dans une histoire familiale plus large que celle de nos seuls parents et se relier à ses grands-parents, ses arrières grands-parents est essentiel. Ces personnages nous sont souvent inconnus. Pourtant leurs histoires imprègnent notre identité, en sont les fondations. Il ne s’agit donc pas d’aller à la recherche de personnages disparus avec qui nous n’avons pas de lien mais bien d’aller à la rencontre de soi, de sa construction.
Cela permet de sortir de la dépendance aux parents. La plupart de ceux qui sont dans une relation difficile avec leur famille prennent la décision de s’en couper, de la fuir. Ce choix est respectable mais ne change rien à la situation. Si elle a le mérite de simplifier le quotidien, cette solution ne règle pas le problème. Pour sortir de la dépendance à sa famille, sortir des schémas répétitifs ou éviter la toxicité des relations familiales, il faut en rechercher les causes. Connaître, comprendre l’histoire de ceux qui sont présents en nous (non pas en terme de possession, mais en terme de construction) pour retisser un lien de soi à soi.
Ce travail renforce considérablement l’autonomie et le sentiment de légitimité.
Il n’y a rien d’inéluctable dans les défauts de transmission. L’impasse n’est pas le fait de l’histoire elle-même mais de l’impossibilité de dire ou de l’interdit de savoir.
Connaître, comprendre et transmettre une parole vraie sur sa famille, savoir en lire le sens, se replacer dans la succession des générations et aux croisements des lignées, trouver sa place sans se couper de ses racines est le facteur fondamental du bien être autant pour soi que pour les générations à venir. Car véritablement le travail entrepris ici sert à nos proches et à nos enfants.